Sommaire
  1. Le tableau maître : un rôle, un substitut, une limite
  2. Ce qu’il y a dans un œuf
  3. Lier : graines de lin, chia, fécule
  4. Faire lever : poudre à lever, bicarbonate et acide
  5. Faire mousser : l’aquafaba
  6. Émulsionner et enrichir : tofu soyeux, yaourt, lait végétal
  7. Humidifier : compote, banane, purées
  8. Dorer sans œuf
  9. Un, deux ou trois œufs : quand ça marche, quand ça ne marche plus
  10. Le salé : quiche, omelette, panure
  11. Pour une allergie à l’œuf
  12. Les recettes du dossier

Ce dossier sert à cuisiner sans œuf, que ce soit pour une allergie, une cuisine végétale ou un placard vide. Il part d’une idée : un œuf n’est pas un ingrédient comme un autre, il fait plusieurs métiers à la fois. Dans une recette, il lie, fait lever, fait mousser, émulsionne, humidifie ou dore. Pour le remplacer, on cherche d’abord sa fonction dans la recette, puis le substitut qui sait faire ce métier-là. Les pages du dossier mettent ensuite la méthode en pratique, recette par recette.

En bref

  • Repérez le rôle de l’œuf dans la recette avant de choisir le substitut : aucun ne fait tout.
  • Pour lier : 1 cuillère à soupe de graines de lin moulues et 45 ml d’eau. Pour faire mousser : 45 ml d’aquafaba. Pour humidifier : 60 g de compote ou de banane.
  • Un œuf se remplace presque toujours, deux souvent, trois et plus seulement si l’œuf ne porte pas la recette.
  • Pour une allergie, la liste d’ingrédients de chaque produit compte autant que la recette.

Le tableau maître : un rôle, un substitut, une limite

Les quantités ci-dessous valent pour un œuf entier, soit 50 à 53 g sans coquille. Elles reprennent les équivalences publiées par les services de vulgarisation culinaire des universités, converties en mesures de cuisine françaises et arrondies. La dernière colonne est la plus utile : elle dit où le substitut échoue.

Image de la vidéo « Comment remplacer les oeufs dans les gâteaux, biscuits & viennoiseries | LIVRE Pâtisserie vegan » de Rosalys
Comment remplacer les oeufs dans les gâteaux, biscuits & viennoiseries - LIVRE Pâtisserie vegan
Rôle de l’œuf Substitut Quantité pour 1 œuf Où il marche Où il échoue
Lier graines de lin moulues ou graines de chia 1 cuillère à soupe et 45 ml d’eau, 5 à 10 min de repos pains, cookies, pancakes, galettes de légumes génoise, crème, tout ce qui doit être clair et fin : les graines se voient
Lier fécule de maïs, de pomme de terre ou de tapioca 10 g délayés dans 45 ml d’eau crêpes, sauces, crèmes cuites, panures gâteaux légers : la fécule fige mais n’aère pas
Faire lever poudre à lever, eau et huile 2 cuillères à café de poudre à lever, 30 ml d’eau, 15 ml d’huile gâteaux légers, muffins biscuits secs, recettes sans cuisson
Faire lever bicarbonate de soude et acide 1 cuillère à café de bicarbonate et 15 ml de vinaigre de cidre ou de jus de citron cakes, gâteaux au chocolat, muffins pâtes peu sucrées où le goût de bicarbonate ressort
Faire mousser aquafaba (jus de pois chiches) 45 ml pour un œuf, 30 ml pour un blanc meringues, mousses, gâteaux aérés macarons et soufflés exigeants, cuissons longues à four chaud
Émulsionner aquafaba, boisson de soja 45 ml mayonnaise, vinaigrettes épaisses sauces chaudes montées, comme une béarnaise
Émulsionner et lier en salé tofu soyeux mixé environ 60 g quiches, flans salés, crèmes omelette : la texture reste celle d’une crème
Humidifier compote de pommes sans sucres ajoutés environ 60 g gâteaux, muffins, pains d’épices gâteaux qui doivent lever haut : elle alourdit
Humidifier banane mûre écrasée environ 60 g, une demi-banane gâteaux moelleux, muffins, pancakes recettes au goût neutre ou salées
Humidifier yaourt, au lait ou végétal environ 60 g muffins, cakes biscuits croustillants
Dorer lait, végétal ou non, avec une pointe de sucre ou d’huile au pinceau pâtes à tarte, brioches, biscuits brillant d’une dorure au jaune

Comment lire ce tableau : si la recette compte un seul œuf noyé dans beaucoup de farine, il lie et humidifie, et presque tous les substituts conviennent. Si la recette compte des blancs montés, seul l’aquafaba les remplace. Si l’œuf est la recette, comme dans une omelette ou un flan, on change de recette plutôt que d’ingrédient.

Ce qu’il y a dans un œuf

Connaître le poids et la composition d’un œuf permet de convertir n’importe quelle recette.

53 g
un œuf entier sans coquille, repère de pâtisserie
30 à 35 g
le blanc, 18 à 20 g le jaune
12,7 g
de protéines et 76 g d’eau pour 100 g d’œuf cru
65 °C
le blanc commence à coaguler, 70 °C le jaune

Ces chiffres expliquent les métiers de l’œuf. L’eau, plus des trois quarts de son poids, humidifie la pâte : c’est pour cela qu’un substitut d’œuf contient toujours du liquide. Les protéines coagulent à la chaleur et figent la pâte : c’est le rôle de liant. Battues, elles retiennent l’air : c’est la mousse des blancs. Le jaune, riche en matières grasses et en lécithine, émulsionne et colore.

Lier : graines de lin, chia, fécule

Lier, c’est faire tenir ensemble les ingrédients d’une préparation qui, sinon, s’effriterait à la cuisson. Dans un cookie, une galette de légumes ou un pain de mie, c’est le premier métier de l’œuf.

Graines de lin brunes dans un bol avec une cuillère en bois
Des graines de lin brunes dans un bol : une fois moulues et mélangées à l’eau, elles lient une pâte comme un œuf. · Photo: Graines de lin, Vie Studio, Pexels License

Les graines de lin moulues sont le liant le plus sûr. Au contact de l’eau, leur enveloppe libère un mucilage, une sorte de gel qui colle. Pour un œuf : 1 cuillère à soupe de graines moulues et 45 ml d’eau, mélangées puis laissées reposer 5 à 10 minutes, jusqu’à une consistance de gel. Les graines entières ne donnent presque rien : elles doivent être moulues, ou achetées en poudre et gardées au frais. Les graines de chia, utilisées entières ou moulues, font ce travail en quantité égale.

Leur limite tient à ce qu’on voit et à ce qu’on goûte : de petits points bruns dans la préparation, une note de noisette. Dans une génoise, une crème pâtissière ou une pâte à crêpes claire, ça se remarque.

La fécule de maïs ou de pomme de terre lie autrement : elle gélifie à la chaleur. Environ 10 g délayés dans 45 ml d’eau remplacent un œuf dans une pâte à crêpes, une sauce ou une panure. La fécule de tapioca fait le même travail, avec une texture un peu plus élastique. Elle tient, mais n’apporte ni air ni gras : seule, elle donne un gâteau compact. C’est le principe des crêpes sans œuf, où la fécule et le repos remplacent la tenue de l’œuf. Pour un dessert gélifié, l’agar-agar, une algue gélifiante, prend le relais du liant.

Faire lever : poudre à lever, bicarbonate et acide

Dans un gâteau, les œufs battus emprisonnent de l’air que la chaleur dilate. Sans œuf, cette levée doit venir d’un gaz produit dans l’appareil.

La poudre à lever (levure chimique) associe un bicarbonate et un acide : mouillés puis chauffés, ils dégagent du gaz carbonique. Pour remplacer un œuf dans un gâteau léger : 2 cuillères à café de poudre à lever, 30 ml d’eau et 15 ml d’huile, en plus de la levure déjà prévue par la recette. C’est l’agent levant le plus simple à utiliser. L’huile compense le gras du jaune.

Le bicarbonate de soude et un acide donnent la réaction de la poudre à lever, plus vite. Une cuillère à café de bicarbonate et 15 ml de vinaigre de cidre ou de jus de citron, ajoutés au dernier moment, gonflent un cake ou un gâteau au chocolat. Le gâteau doit partir au four tout de suite : le gaz se forme dès le mélange.

Ici, nous sommes catégoriques. Une génoise ou un biscuit de Savoie tiennent entièrement à la mousse des œufs : aucune levure chimique ne les remplace. Un excès laisse un goût de savon et une mie brune. Les laitages fermentés, par leur acidité, aident l’agent levant : c’est ce qui rend le gâteau au yaourt sans œuf si facile à réussir.

Faire mousser : l’aquafaba

L’aquafaba est le liquide de cuisson des pois chiches, celui d’une conserve égouttée. Fouetté, il mousse comme des blancs d’œufs : c’est la seule alternative courante qui sache le faire.

Pour un œuf entier, comptez 45 ml d’aquafaba, soit 3 cuillères à soupe ; pour un blanc, 30 ml. Au batteur électrique, il faut 5 à 10 minutes pour obtenir une neige ferme, un peu plus que pour des blancs. Quelques gouttes de jus de citron et le sucre ajouté peu à peu stabilisent la mousse.

Les études publiées le comparent au blanc d’œuf : sa mousse est moins volumineuse, mais elle reste stable quand on change l’acidité ou le sel, et son pouvoir émulsifiant est même supérieur à celui du blanc. Il convient donc aux meringues, aux mousses et aux gâteaux aérés, ainsi qu’à la mayonnaise.

C’est la base de la mousse au chocolat sans œuf, où la température du chocolat au moment du mélange décide de la réussite. Ses limites : une meringue végétale sèche plus lentement et supporte mal un four trop chaud ; macarons et soufflés restent des exercices délicats. Le goût de pois chiche disparaît dans un dessert sucré ou chocolaté.

Émulsionner et enrichir : tofu soyeux, yaourt, lait végétal

Émulsionner, c’est faire tenir ensemble l’huile et l’eau, comme dans une mayonnaise. Dans l’œuf, c’est le jaune et sa lécithine qui s’en chargent.

L’aquafaba et la boisson de soja savent monter une mayonnaise : versez l’huile en filet sur 45 ml de l’une ou de l’autre, avec la moutarde, en mixant. Les protéines de soja et celles des pois chiches jouent le rôle de la lécithine. Une sauce chaude montée au jaune, comme une béarnaise, n’a pas d’équivalent aussi stable.

Le tofu soyeux, mixé, donne une crème lisse qui lie et enrichit à la fois : environ 60 g pour un œuf dans une quiche, un flan salé, un cheesecake ou une crème dessert. Il ne mousse pas et ne lève pas.

Le yaourt, au lait ou à base végétale, enrichit les muffins et les cakes, à raison d’environ 60 g par œuf. Le lait végétal seul ne remplace pas un œuf : il apporte du liquide, sans protéines qui figent. C’est une alternative pour dorer, pas pour lier.

Humidifier : compote, banane, purées

Dans un gâteau, l’œuf apporte une bonne part de l’eau. Les purées de fruits prennent sa place en apportant, en plus, des sucres et des fibres qui retiennent l’humidité.

La compote de pommes sans sucres ajoutés est la plus neutre : environ 60 g pour un œuf. Elle convient aux gâteaux, muffins, pains d’épices et brownies. La banane mûre écrasée, environ 60 g (une demi-banane), donne un gâteau très moelleux, au goût de banane affirmé. D’autres purées, potiron, patate douce ou avocat, servent selon la recette.

Leur limite commune : elles alourdissent. Un gâteau à la compote reste plus dense et monte moins qu’un gâteau aux œufs. Quand la recette compte plusieurs œufs, ajoutez une demi-cuillère à café de poudre à lever par œuf remplacé, et diminuez un peu le sucre si la purée est sucrée.

Ce qu’il faut retenir : une purée apporte de l’eau et tient un peu, elle ne fait pas gonfler. Elle marche dans les recettes moelleuses, pas dans les recettes croustillantes ou aériennes.

Dorer sans œuf

La dorure à l’œuf donne aux pâtes à tarte, brioches et biscuits leur couleur et leur brillant. Sans œuf, un pinceau de lait, de lait végétal ou de crème donne la couleur. Une pointe de sucre ou de sirop d’érable dans ce lait aide la coloration ; une goutte d’huile apporte un peu de brillant.

Le résultat est plus mat qu’avec un jaune. Sur une brioche, nous préférons un léger sirop de sucre au pinceau à la sortie du four, qui donne le brillant que le lait ne donne pas.

Un, deux ou trois œufs : quand ça marche, quand ça ne marche plus

Avant de remplacer les œufs d’une recette, comptez-les : la règle de décision tient en trois cas.

  • Un œuf dans une recette riche en farine (cookies, cake, brownie) : il se remplace presque toujours, et peut même parfois être supprimé avec un peu de liquide en plus.
  • Deux ou trois œufs : ils se remplacent, à condition de choisir le substitut selon le rôle principal et souvent d’en associer deux, par exemple une purée pour l’humidité et de la poudre à lever pour la levée. Le gâteau au yaourt en est l’exemple.
  • Quatre œufs et plus, ou des blancs montés qui portent la recette (génoise, biscuit roulé, soufflé, clafoutis très œuf) : le résultat change de nature. Mieux vaut choisir une recette pensée sans œuf.

Les substituts d’œuf du commerce, à base de fécules et de farines de légumineuses, rendent service pour tenir une préparation et l’aérer un peu. Leur composition varie d’une marque à l’autre : lisez la liste d’ingrédients, surtout pour une allergie, et suivez le dosage du paquet.

Le salé : quiche, omelette, panure

En cuisine salée, l’œuf lie l’appareil d’une quiche, fait l’omelette et colle la chapelure d’une panure.

Pour une quiche, un appareil de 300 g de tofu soyeux mixé avec 20 cl de lait végétal, 10 g de fécule, du sel et de la muscade prend au four comme un appareil aux œufs. Pour une omelette ou une galette, la farine de pois chiche délayée dans le même volume d’eau, environ 30 g de farine et 45 ml d’eau pour un œuf, cuit à la poêle en une galette souple. Le sel noir de l’Himalaya, ou kala namak, apporte le goût soufré de l’œuf : une pincée suffit, il est très marqué.

Pour une panure, l’œuf battu laisse sa place à de la moutarde délayée, de la crème végétale ou un mélange de fécule et d’eau : la chapelure accroche aussi bien.

Pour une allergie à l’œuf

L’œuf fait partie des 14 allergènes que le règlement européen INCO (n° 1169/2011) impose de signaler dans la liste d’ingrédients, en les faisant ressortir, souvent en gras. Il peut aussi se cacher sous d’autres noms : albumine, ovalbumine, lysozyme.

Sur l’étiquette : lisez la liste d’ingrédients de chaque produit de la recette, y compris les substituts en poudre, les pâtes fraîches, les biscuits et les garnitures. La mention « peut contenir » signale un risque de traces. Nettoyez ustensiles et poêles qui ont servi à des préparations aux œufs.

Les recettes de ce dossier ne remplacent pas un avis médical : toute question sur l’allergie elle-même relève du médecin ou de l’allergologue. En cas de réaction grave, appelez le 15 ou le 112. L’index des allergies alimentaires du site regroupe les autres allergènes et leurs noms cachés.

Les recettes du dossier

Selon votre besoin, les pages du dossier appliquent la méthode à un plat précis, avec la fiche pesée et ce qui change sans œuf.

Les crêpes sans œuf. Une pâte à crêpes tient sans œuf grâce à la fécule, à une heure de repos et à une crêpe fine. La recette de la pâte à crêpes sans œuf est donnée au gramme, en trois versions : classique, sans lait, sans gluten.

Le gâteau au yaourt sans œuf. La recette du gâteau au yaourt sans œuf, au pot et convertie en grammes, avec la compote à la place des trois œufs, et deux autres substituts comparés dans le même moule : fécule et poudre à lever, yaourt en plus.

La mousse au chocolat sans œuf. Pour la mousse au chocolat sans œuf, deux méthodes complètes, l’aquafaba montée et la crème montée, avec la température du chocolat qui fait réussir la mousse.

D’autres recettes rejoindront le dossier, comme la mayonnaise sans œuf et les pancakes sans œuf : chacune suivra le même ordre, la fiche d’abord, l’explication ensuite.